Durabilité financière : le concept opportuniste de la transition écologique.

2 600 milliards d’euros, soit 39  000 euros pour chacun des 67 millions de Français, voilà le montant de notre dette publique[1]. Incontestablement elle correspond à une dépense présente ou passée dont la charge devra être assumée quelque part dans le futur.

A partir de là certains économistes, financiers, acteurs politiques, …, ont développé le concept de « durabilité financière » par analogie avec celui de « développement durable », ce fameux modèle de développement censé ne pas nuire aux générations futures.  Pour eux, il est tout aussi important de réduire la dette publique que de lutter contre le changement climatique ou la destruction de la biodiversité. Au nom des générations futures, il faudrait, en même temps, limiter la dette publique à 60% du PIB et limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C d’ici la fin du siècle.

Il s’agit là d’un opportunisme, d’un détournement, pour ne pas dire d’une malhonnêteté intellectuelle, qu’il faut dénoncer : durabilité financière et durabilité écologique ne peuvent absolument pas être mises sur le même plan.

En effet, la question du climat, et celle de la biodiversité, correspondent à des réalités physiques absolument incontournables. Chaque molécule de CO2 émise dans l’atmosphère[2] va y rester en moyenne 150 ans. Elle contribuera au réchauffement de la planète, avec une intensité constante, pendant toute cette période. Et même après sa disparition l’effet de son réchauffement sera encore sensible pendant plusieurs siècles !

Quant à la perte de biodiversité, l’impact est encore plus terrible : quand une espèce disparait c’est pour l’éternité ! Les générations futures seront privées, à tout jamais, d’une possible rencontre avec d’innombrables espèces animales ou végétales.

Les dettes, pour leur part, ne correspondent à aucune réalité physique. Ce sont des écritures numériques sur des registres comptables. Elles relèvent seulement d’engagements contractuels et évolutifs. Ainsi, il est possible d’étaler une dette, il est possible de la renégocier, il est possible d’en atténuer la charge par l’inflation, il est même possible de l’annuler partiellement ou totalement.

Cette différence de nature, de réalité physique, d’avènement incontournable, est fondamentale : pas de monsieur climat avec qui négocier un report de la hausse de température ou une surélévation du niveau général des terres[3]. Pas de madame nature à qui réclamer une renaissance des espèces disparues. Seuls les fous pensent que nous pourrions facilement, et sans dommage, retirer les gaz à effet de serre de l’atmosphère ou reproduire génétiquement l’ensemble des espèces disparues.

Quant à l’argent, il ne correspond à aucune réalité physique. Nous voyons bien actuellement, face à la COVID, comment l’argent se crée et s’emploie. Nous savons bien, d’ailleurs, que cette dette, au moins en partie, ne sera pas remboursée ou sera constamment repoussé.

Le concept de durabilité financière n’est pas seulement une usurpation quand il est mis au même niveau que la durabilité écologique ou climatique, il est aussi une faute.

Il est une faute car il nous prive d’un moyen essentiel pour, justement, lutter contre le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité. L’argent, la création monétaire, doit être mise au service de cette lutte. L’argent doit être le moyen d’une mise en mouvement de la seule ressource encore sous-utilisée : notre capacité collective de production et de création. Créer de la monnaie, ou s’endetter, pour financer la transition écologique n’est pas créer une dette future, c’est seulement honorer une dette passée. Ce n’est pas parce que cette dette n’est pas valorisée et comptabilisée qu’elle ne s’impose pas à nous. Son montant est égal à ce que nous allons faire pour atteindre la neutralité carbone et préserver notre reste de biodiversité.

La finance doit être mise au service d’un monde durable, elle n’en est pas une composante.


[1] Données 2020.

[2] En réalité, une molécule sur deux émises reste dans l’atmosphère, l’autre est absorbée par les océans ou les sols.

[3] Relever le niveau des terres pour éviter d’être submergé par la montée du niveau des océans peut être considéré, par analogie, comme faire de l’inflation (élever la quantité d’argent) pour limiter le poids des dettes.

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